BREAKING THE LIGHTS | 2015


Protocole de dispositif performatif pour pianiste
Clavier maître toucher lourd 88 touches, tubes fluorescents, dispositif de commande électrique et numérique par
protocoles DMX et MIDI, ordinateur, dispositif de diffusion sonore en multicanal
Dimensions variables. Collaboration : Vincent Betbeze, Jérémie Dauliac, performance de Nima Sarkechik


  • Vue de la performance lors de l’exposition « Moshpit », le 38, Grenoble (FR), 12/2015
    Vue de la performance lors de l’exposition "Moshpit", le 38, Grenoble (FR), 12/2015


Extrait vidéo de la performance de Nima Sarkechik lors de l'exposition Moshpit, le 38, Grenoble (FR), 12/2015, 6'32'' »



Extrait vidéo de la performance de Nima Sarkechik lors de l'exposition Moshpit, le 38, Grenoble (FR), 12/2015, 3'06'' »



Breaking The Lights consiste en un protocole de composition romantique contextualisé au travers la mise à disposition d’un dispositif performatif pour pianiste classique. Un piano numérique est raccordé au système d’éclairage précaire d’un espace insalubre prédéfini, composé de huit tubes fluorescents. Ces derniers sont assignés sur les huit octaves d’un clavier maître qui redistribue le signal sous la forme d’une impulsion électrique vers chaque tube fluorescent concerné lors de l’exécution des gammes (selon le protocole des 7 degrés contenus dans la gamme diatonique sur l’étendue d’une octave, la dernière répétant la première à l’octave supérieure ou inférieure). Seules les notes non altérées sont raccordées, les dièses et bémols quant à eux constituent un contrepoint aveugle, un angle mort au champ de la composition. La mise en place de l’interaction entre le système d’éclairage et l’instrument impose une certaine fragilité quant à la pratique de ce dernier, ouvrant ainsi le champ à une pratique pure de l’instrument.

La composition s’effectue dès lors selon un protocole d’interdépendance des composantes spatiales et musicales, influençant de fait intrinsèquement le jeu du musicien ; plongé dans le noir complet, ce dernier est contraint d’improviser de façon à pouvoir parfaire son jeu au fur et à mesure des notes jouées (fonction qui lui permet d’appréhender visuellement les touches du clavier) et évoluent en cascade au travers les mécanismes de fonctionnement en circuit fermé du dispositif. Le protocole d’interaction devient le pendant entropique du système harmonique, un équivalent exact à un modèle de système chaotique au sein duquel le jeu du pianiste évolue selon une suite de causes à effets, dans un fragile équilibre mêlant improvisation et interprétation. L’exacerbation d’un modèle ruiniste auquel l’aspect pictural se réfère ici par la mise en lumière sporadique de l’espace, préfigure certains aspects symboliques d’une esthétique de la ruine et du fragment initié par le romantisme allemand : le basculement sémiotique de la définition de l’oeuvre dans sa constitution même vers une poétique du chaos et du sublime qui ne saurait se substituer au champ lexical d’une composition musicale postromantique.


 Site internet de Nima Sarkechik, pianiste