FIELD OF… | 2016


Diptyque de dessins vectoriels
Impressions dos bleu
Dimensions variables (grands formats). Collaboration : Vincent Betbeze


  • Vue de l’exposition "... de la porosité", galerie podroom (centre culturel de Belgrade), Belgrade (RS), 11/2016
    Vue de l’exposition "... de la porosité", galerie podroom (centre culturel de Belgrade), Belgrade (RS), 11/2016


Les domaines scientifiques évoluent selon des hypothèses avancées issues de calculs, d’essais et de recherches qui s’appuient sur les connaissances acquises pour chaque discipline (mathématiques, physique des particules, neuroscience, cosmologie, …) particulièrement dans le champ de la recherche fondamentale. Les connaissances acquises par l’humanité sont étroitement liées à la science qui aujourd’hui n’est plus assujettie aux pouvoirs dominants tels que les religions ou autre formes de croyances. De fait, la science peut enfin s’exprimer et s’expérimenter dans des conditions favorisées par les avancées technologiques de ces dernières décennies. De nos jours, la communauté scientifique s’accorde sur l’hypothèse de l’existence dans l’univers de ce que l’on appelle la matière noire (dark matter) et l’énergie sombre (dark energy), qui représentent respectivement 27 et 68 pourcents de l’univers, alors que la matière ordinaire (baryonique), connue, ne représente quant à elle que 5 pourcents.

Actuellement nos connaissances sur la matière noire et l’énergie sombre sont notre ignorance. Il s’agit d’être conscient que nous ne savons pas. Les recherches et expérimentations à ce sujet sont en cours, particulièrement grâce à la réouverture récente du grand collisionneur de hadron (LHC) – situé à Genève – qui opère désormais à sa vitesse maximale et laisse donc entrevoir la création de matière noire, ou encore grâce au télescope Euclide de l’ESA dont la mission est d’observer l’invisible. Du fait de l’expansion de l’univers, l’énergie sombre s’étend alors que la matière ordinaire et la matière noire, pour leur part, se diluent. Selon les modèles scientifiques actuels définis par les physiciens des particules et les cosmologistes, le groupe de recherche Virgo a mis en place le Millennium Simulation project qui propose une interprétation dans le spectre du visible de l’énergie sombre qui véhicule la matière noire. Ainsi, nous pouvons nous représenter ce à quoi pourrait ressembler la répartition de cette énergie selon les hypothèses actuelles de la communauté scientifique.

La science bascule dès lors dans le champ de l’image et de la représentation subjective (codification de la représentation de l’invisible, Nasa, …) à partir de modèles de calculs complexes. Cette image permet donc d’entrevoir l’invisible et renvoie directement à un autre système d’imagerie du non visible, celui de la recherche neuronale, ou la mise en perspective du macro et du micro, qui même s’ils sont régentés par différents modes opératoires (cf : physique quantique, théorie de la relativité générale -1907,1915 -, Einstein), n’en restent analogues sur de nombreux points. Cette représentation de l’élément le plus prépondérant de l’univers (nb : l’énergie sombre), d’un point de vue de sa représentation, s’apparente indéniablement à celle des connexions neuronales, composées entre autres des neurones, des dendrites, des axones, des synapse et des neuro transmetteurs (l’information étant ici transportée d’un neurone à l’autre sous forme électrique – ionique -). Ces connexions complexes sont dès lors données à voir par observation au microscope électronique, qui eux-même interprètent les informations récoltées pour nous en donner une représentation. La science à de fait besoin, au delà de tous calculs ou observations, de représentations, qui sont dès lors des interprétations.

Le diptyque Field Of… s’appuie sur cette imagerie du non visible. Il vient l’extirper de son champ d’application afin d’ajouter une surcouche interprétative dans une mise en relation des réseaux macroscopiques et microscopiques au sein d’un même espace, en relation directe. Les images produites par les scientifiques sont vectorisées et subissent alors une nouvelle modification tout en conservant la « réalité » structurelle qu’elles définissent. La densité picturale d’origine est alors transposée en vecteurs qui sont des objets mathématiques qui permettent de quantifier les informations. Donné à voir en grand format, le diptyque Field Of… se compose alors de deux ensembles vectoriels complexes, similaires dans leurs structures, qui s’appréhendent à plusieurs niveaux dans l’espace. Depuis un point de vue distant, ces ensembles renvoient aux représentations de l’énergie sombre ainsi que des connexions neuronales originelles. En opposition, une observation de proximité permet d’identifier une nouvelle dimension esthétique, propre à la vectorisation, un enchevêtrement de données qui génèrent alors, à une autre échelle, leur propre picturalité.