TEXTE – ALAIN BERLAND


Vouloir mettre l’espace en tension est l’expression d’un désir commun aux praticiens de l’art contemporain. Généralement cela consiste à éprouver l’élasticité du concept, à vérifier la capacité à sortir de son champ en absorbant des éléments qui sont censés ne pas s’y trouver ou à recycler des formes que l’on croyait épuisées.

Pour Didier Hébert-Guillon, la formule possède un autre sens, un sens plus figuré que celui que l’on utilise pour qualifier un modèle en expansion. Sa pratique organise une tension certes, mais surtout une tension narrative et génère une surprise, voire une sensation de dangerosité lié à l’incompréhension d’un événement présent. Pour ce faire, il met à profit sa formation initiale de scientifique au service d’installations, souvent adaptées à des configurations d’espaces spécifiques et composées d’objets ordinaires ou familiers qui obligent le regardeur à observer le quotidien avec vigilance en mobilisant ses connaissances et sa logique. Il est d’ailleurs préférable de parler de regardeur-acteur tant la présence de celui-ci est l’élément indispensable de la scénographie.

Cependant, il ne s’agit pas d’art relationnel, les œuvres ne nécessitent pas « un état de rencontre » et la participation est souvent contingente ou involontaire puisque le regardeur est le récepteur d’un danger potentiel ou plutôt d’un désagrément né d’une saturation auditive ou visuelle qui l’incite à s’éloigner de l’œuvre. On pourrait dire alors que l’œuvre produit une puissance d’égarement comme lorsqu’un détecteur de mouvements capte l’arrivée dans le lieu d’un visiteur pour actionner une machine qui produit une salve de swing improbable et projette violemment des balles golf dans l’espace, qu’une multitude de boules de pétanque en acier est suspendue, au-dessus des têtes des visiteurs, par des cordons reliés à un aimant ou encore qu’une ampoule allumée flotte étrangement dans un cube remplit d’eau, sans aucune isolation.

Mais attention nous ne sommes pas à Disneyland et l’artiste ne nous convie pas à expérimenter le train fantôme ou à visiter la maison hantée. « Ce qui me dérange, c’est que l’art « visible » passe déjà au travers d’un filtre excluant ou bridant tout ce qui a attrait au danger physique, psychologique ou encore à l’engagement moral. Ce filtre ne permet pas une monstration absolue de l’art. A mon sens, la question posée ici n’est pas de savoir s’il s’agit d’art ou non mais plutôt de savoir si c’est exposable, pour des raisons administratives ou morales » confie l’artiste et d’ajouter « Ma démarche consiste pour l’essentiel à expérimenter les relations possibles au sein d’un espace d’exposition entre œuvres et spectateurs. Je m’intéresse aux limites de la monstration à la censure en général et surtout aux responsabilité et à l’engagement des acteurs du champ de l’art ».

Alain Berland