THE LOST HOPE | 2017


Installation vidéo FHD, aspect ratio 6.64:1, 23.976p
4 vidéoprojecteurs DLP FHD synchronisés, pc 4 sorties graphiques, dispositif de diffusion sonore 2.0, fog machines, bougie
Echelle 1:1 du contenu filmique, 8’46’’ (loop)


  • The lost hope


The lost hope reprend une scène de Nostalghia de Andreï Tarkovsky (1985), celle de la « bougie inébranlable ». Dans cette scène, le personnage principal, Gortchakov (interprété par Oleg Yankovsky), entreprend de traverser le bassin asséché de Sainte-Catherine, en tenant à la main une bougie allumée. Cette bougie, qui symbolise l’avenir vacillant de l’humanité, doit être amenée à l’autre bout du bassin afin de sauver le monde du désenchantement (1).

Dans cette scène, la tension est palpable et hypnotique, la bougie fond progressivement et chaque tentative échouée (qui ramène le personnage à son point de départ) impose à Gortchakov de recommencer l’ensemble du parcours avec un espoir qui se réduit progressivement.

Ces tentatives, tant modestes que difficiles, aboutissent à la troisième reprise, mais l’effort entraîne la mort de Gortchakov qui, dans ce sacrifice, sauve l’espoir en l’humanité.

Andreï Tarkovsky nous propose cette scène en un plan-séquence en travelling latéral (plusieurs aller-retours) associé à un subtil resserrage du cadrage. D’une durée de neuf minutes, cette séquence n’est rendue possible que par la relation (2) du réalisateur et de son acteur, Oleg Yankovsky. Leur connexion est d’ailleurs perceptible au visionnage grâce à un juste équilibre entre chorégraphie rigoureusement définie et improvisation.

The lost hope reprend ce plan et vient donner à voir l’ensemble de la scène à l’échelle 1:1, par suppression du cadre et de la narration initiaux. Nous sommes alors face au décor de la scène par la scène, ne pouvant exister qu’à partir des images mêmes tournées par Andreï Tarkovsky. Les limites de l’image sont ainsi définies selon les limites des mouvements de cadrage qu’Andreï Tarkovsky a opéré. Il s’agit d’un cadrage fixe global, comme une empreinte des mouvements effectués lors de la prise de vue, hors de toute temporalité.

L’œuvre nous place dès lors dans un hors-champ narrationnel : la quête de sauver l’espoir de l’humanité est ici soit passée, soit en devenir. L’élément clé, la bougie, est extraite de l’image pour être placée dans l’espace d’exposition, au départ même du parcours de Gortchakov. Elle donne ainsi la possibilité à tout un chacun de réactiver la scène, voire de sauver l’humanité.


(1) : c’est Domenico, un personnage présenté comme fou qui chargera Gortchakov de cette quête avant de s’immoler par le feu dans le scène précédant celle de la bougie
(2) : How we shot the « Inextinguishable Candle » episode for Nostalghia, conversation lors de la préparation de Nostalghia avec Andreï Tarkovsky rapportée par Oleg Yankovsky